Antoine Renand, L’empathie

3h du mat’, heure du crime. Un homme entre chez toi, par la fenêtre. Il vient d’escalader quatre étages, telle une araignée, il défie la gravité. Ses habits sont marrons… non, noirs. Il est plus sombre que la nuit. Si le soleil avait éclairé son visage à ce moment, tu n’aurais vu que l’ombre de lui-même. Mais il fait nuit. Son souffle chaud envahit ton cou… Il te parle dans une langue que tu ne comprends pas, ses mots te sont incompréhensibles. Tu es tétanisé par la peur, toi qui dormait paisiblement après une journée de boulot, toi qui dormais auprès de la chaleur de ta femme. Il t’a réveillé en sursaut, avec une force impossible. Il est imbattable, indomptable, inarrêtable. C’est l’Alpha.

« L’Alpha », c’est le nom que tu donnes aux flics chargés de ton affaire. Après son intrusion, ils sont intervenus avec des pompiers. Vous étiez très amochés. Toi, saignant comme une plaie incurable, gisant dans une flaque marron. Ta femme, humiliée par l’innommable. La « brigade du viol » entend votre plainte, vos témoignages glaçants. À chaque mot, le malaise court le long de vos peaux : toi, tu revois les images, les sons, les odeurs. Tu maudis le coupable, tu jures devant Dieu que son corps mourra en enfer. Mais que peuvent bien faire Anthony Rauch et Marion Mesny, deux petits flics de la « brigade du viol », devant l’Alpha, le seul ?

Le seul ? L’Alpha aime la souffrance, il voit la peur dans les yeux de ses victimes. Ça l’excite. Devant toi, je ne te le cache pas, il a éprouvé du plaisir. Son acte n’est pas isolé, il y en a eu avant toi, et il y en aura après. Vous n’êtes pour lui que des pièces de puzzle, pour affirmer son projet global. Ce genre d’homme ne connait pas la morale, il ne sert que ses propres intérêts. Soyez-en sûrs, vous n’y êtes pour rien. Toi, tu n’es coupable de rien. Pour ce genre de criminel hyperviolent, la seule solution est la castration chimique, l’abolition de ses hormones masculines : des petites pilules bleues et marrons à prendre tous les jours.

En journée, l’Alpha est invisible. Si tu le croises, retiens sa trace. Préviens la brigade. Et rentre chez toi. Anthony Rauch peut t’aider, il connaît bien la psychologie de ces hommes qui transgressent les lois élémentaires. Son écoute est active, il ressent la détresse des victimes. Et après être sorti d’ici, n’aie pas peur de sentir un vide sous tes pieds. Chaque victime perd toujours une partie de son corps. Tu perdras sans doute le sommeil. Fermer les paupières te sera insupportable, tu reverras son visage, si près du tien. Mais garde à l’esprit que ton cœur aujourd’hui noir-marron, sera rouge demain ; qu’après le désastre, vient le temps de la reconstruction.

Trop de crimes facturés à l’Alpha
Gonflé par son orgueil démesuré
Né d’une cigogne mais tombé si bas
Dans une errance violemment gonflée
Il court mais recevra bientôt la facture

Tu es venu me voir les yeux gonflés
Vidés comme un lac sans cigogne
Il est malin : ses crimes de facture
Repoussent les cigognes ; sa culture
Naître gonflé ou se faire cogner

Cigogne, tu as peur, je le comprends
Il t’a laissé au visage une grosse facture
Demain elle sera gonflée, attend
Regarde sa facture, il sera une rature
Quand on viendra tuer sa cigogne…

Note : 9 sur 10.

Contraintes d’écriture : Personnification en quatre paragraphes, avec le mot « marron » imposé. Puis, une redonde avec « facture », « gonfler » et « cigogne ». (voir la page « Nos contraintes d’écriture » pour plus d’explications)

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