Daniel Keyes, Les mille et une vies de Billy Milligan

Ohio. Un homme est accusé de trois viols, voire quatre. C’est Billy Milligan, 26 ans, cheveux bruns, yeux bleus. Il est reconnu de ses victimes, enfin presque : l’une est sûre d’elle tandis que les autres doutent, son physique a évolué depuis les viols. Sa physionomie également. Il semble parfois apeuré, parfois très sûr de lui. Il adopte un accent britannique aussi souvent qu’un accent slave. Le seul problème : il n’a aucun souvenir des viols.

Les psychologues et ses avocats s’inquiètent : Billy Milligan semble habité. Il semble tiraillé entre plusieurs personnes, est-ce un acteur ou un comédien qui joue différents personnages ? Les professionnels face à lui se divisent. Quant à lui, il est perdu, complètement déboussolé, sa mémoire flanche, il s’endort par intermittence. Il se réveille dans des lieux inconnus ; ses proches évoquent des actions dont il n’a aucun souvenir. Qui est vraiment Billy Milligan ?

Il est admis comme atteint d’un trouble dissociatif de l’identité. Son trouble est apparu après les viols répétés de son beau-père Chalmer Milligan. Simple enfant, que pouvait-il faire face à cette violence ? Son esprit a trouvé un remède : endormir le Billy original et mettre sur le devant de la scène une identité curatrice, David, 8 ans, maître de la douleur.

A partir de cet événement traumatique, toute la vie de Billy s’étiole. Il perd couramment le sens de la réalité en s’endormant devant le stress. A chaque période difficile de sa vie, une identité prend le dessus. Son esprit se scinde en 24 personnalités, toutes permettant à Billy de survivre face au monde. Il n’est plus le Billy souffrant de son beau-père mais devient Arthur, un intellectuel rationnel ; Ragen, un Yougoslave à la force prodigieuse ; Tommy, un as de l’évasion, capable de sortir de toutes les situations…

Billy Milligan est jugé non coupable des viols car il n’était pas conscient de ses actes. A la suite de cette affaire, une pression médiatique s’abat sur lui : il est pointé du doigt comme un monstre qui ne mérite que la prison ; comme un malade incurable, impossible à réhabiliter dans la société. Les journalistes se déchaînent contre lui, remettant constamment en question la validité de son trouble et le travail de la justice. Pour certains, il doit repasser devant les magistrats, et être jugé coupable.

Daniel Keyes livre un récit biographique poignant et richement documenté. Ses entretiens avec Billy Milligan et les professionnels autour de lui, donnent une profondeur au livre, à la fois subtile et menaçante. Comment imaginer un tel trouble ? Que ressentent les hommes et les femmes qui subissent au quotidien des dissociations d’identité ? L’auteur ne nous livre pas les clés à ces questions, mais il nous laisse entr’apercevoir un quotidien où la pression de la maladie et des médias vide les malades et les accule au bord de l’explosion.

Note : 9 sur 10.

1 réflexion sur « Daniel Keyes, Les mille et une vies de Billy Milligan »

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