Stephen King, Ça

…luttait contre les démons de son existence, dans leur dimension symbolique. Mais ce n’était plus un enfant, sa force mentale n’était plus celle de sa jeunesse, quand il avait pu combattre ses monstres intérieurs. Alors, il avait perdu, il était mort déchiqueté par les crocs acérés d’un lycanthrope. Il était mort victime de sa peur, victime de sa solitude. Une question se posait, qu’auraient pu faire des enfants face à ce que l’Univers héberge de pire, face à la Peur elle-même ?

Dans le Maine, à Derry plus précisément, le Club des Ratés avait connu le même sort, à deux reprises différentes. Eddy, Rich, Bev, Ben Meule de Foin, Stan, Mike et Grand Bill étaient des enfants comme tous les autres, mais contrairement à tous les autres, ils allaient devoir combattre la Peur. Pas la petite angoisse qui passait rapidement, pas la peur qui obligeait les sphincters à se relâcher, la Peur, la seule, la mère de toutes les angoisses.

1957. Dans les égouts de Derry. La Peur se terrait, elle se réveilla, prête à faire ses premières victimes. Elle devait se nourrir. Tapie dans l’ombre du sous-sol, elle était partout en même temps, elle s’insinuait dans les esprits, dans les corps, dans les chairs. Le Club des Ratés l’appelait « Ça ». Ça avait pris George, le frère de Grand Bill. Ça devait payer son crime. Ça venait du Macrovers, aux confins de l’univers, loin de tout ce qui est compréhensible pour les Hommes. Ça était la Peur la plus profonde, celle qui s’étendait dans toutes les existences, celle qui empêchait la joie de s’épanouir complètement.

Il fallait en finir avec la Peur. En groupe, les Ratés étaient forts, ils constituaient un tout capable de combattre Ça… Vraiment ? Que pouvaient bien faire des gosses face à l’immensité de la Peur ? Les enfants disposaient d’armes mystiques : l’imagination et la foi. L’imagination de pouvoir vaincre la Peur, la dévoreuse de monde, la seule ; la foi, qui poussait à toujours continuer malgré les faiblesses, l’irréel, le doute et l’échec. Avec leurs armes, les Ratés s’apprêtaient à l’attaquer, ils étaient prêts à bouleverser leur vie. L’union faisait la force…mais jusqu’à quel point ?

1984. Les Ratés avait grandi. Tous avait pris un chemin différent, loin de la sinistre Derry. Aucun ne se souvenait de sa vie, de sa jeunesse. Sauf Mike. Lui, était devenu bibliothécaire à Derry. Il n’avait rien oublié des années 1957/1958. Sa mémoire était intacte, même dans ses plus profonds retranchements. 1984. Des enfants mouraient de nouveau, déchiquetés, broyés, ensanglantés. Le coupable était encore Ça, la Peur, la dévoreuse de monde. Ça était de nouveau réveillé, Ça devait manger. Seul, Mike ne pouvait rien faire pour sauver Derry…les autres devaient revenir !

Les meurtres s’enchaînaient, Ça était déchainé. Il (elle) voulait prendre sa revanche contre les anciens du Club des Ratés, ceux qui 27 ans plus tôt avaient mis en doute sa suprématie sur l’univers. Presque tous les Ratés étaient revenus à Derry, mais pour affronter la dévoreuse des mondes, ils devaient retrouver leur mémoire, le COSMÉTIQUE, le combat oublié, statique et mortel dans les égouts terriblement infâmes, qui usa les enfants. Ils devaient récupérer leurs forces pour lutter contre Ça, les mêmes qui avaient permis 27 ans plus tôt de tenir face à la Peur.

L’histoire de Derry était bien celle d’un groupe uni par la volonté d’anéantir la Peur. Bien plus que n’importe qui, ils avaient la foi, au fond de leur cœur. Enfants comme adultes, ils avaient douté, mais ils n’oubliaient jamais qu’au travers de leur existence, ils vivaient dans un corps commun, celui d’un groupe, celui d’un Club. Ensemble, ils formaient une étoile à 7 (puis 5) branches, capable de détruire le Mal dans sa plus pure incarnation. Ils avaient construit une société commune, où chacun des membres possédait une place nécessaire à l’avancée des autres. Le Club des Ratés n’était pas ce qu’il prétendait être : ce n’était pas la réunion de ratés, mais bien des hommes et une femme capables du meilleur dans des situations où le hasard n’existait pas. Aucun accident n’arriva dans leur quotidien, ils avaient été choisis pour incarner les forces contraires à la Peur, l’Amour et le Bien.

Mais cette réalité là, lui ne la connaissait pas. Il avait choisi d’affronter ses peurs seuls, sans l’appui de ses amis. Loin du groupe, il pensait en être capable ; si il avait lu l’histoire de Derry, il aurait compris son énorme erreur. Quand il décida de tourner le dos à la force du groupe, il entra en réalité dans un cercle fermé, où toutes ses forces qu’il croyait invincibles, s’amenuisèrent à la vitesse de son souffle. En tant qu’adulte, il négligeait les autres, ils représentaient chez lui l’Enfer, mais lorsque que le lycanthrope lui arracha un gros morceau de joue, il susurra imperceptiblement…


Ça, tu es indomptable, tu es polymorphe,
Tu es la Peur qui coule sur nos peaux suintantes
Face à toi, Derry se tue ou restent amorphe
Que laisses-tu après tes attaques sanglantes ?

Tu déchiquettes les chairs, le sang éclabousse
Sur les murs, les sols et tapisse les habits
Tu récupères les corps en une secousse
Pour les faire paître dans l’espace infini

Connais-tu la peur ? Ton allure arachnéenne
Tapie dans l’ombre de la ville souterraine
Bondit sur tous ceux qui ne peuvent pas te battre

Mais face à toi se dresse le Club des Ratés
Dont tu négliges les forces, tu rétrécis
Et prend garde bientôt, tu flotteras aussi

Note : 9 sur 10.

Contraintes d’écriture : Un cylindre en 8 paragraphes, avec un acronyme avec le mot imposé « Cosmétique » puis un sonnet en alexandrin. (voir la page « Nos contraintes d’écriture » pour plus d’explications)

2 réflexions sur « Stephen King, Ça »

  1. Impressionnant exercice de style. J’en serais bien incapable. Je me souviens de ça. C’est un roman comme Shining qui m’a beaucoup marqué… Je me suis toujours dit que si Stephen King n’avait pas été écrivain et n’avait pu coucher sur papier ses pulsions, il serait devenu serial killer… 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Merci, beaucoup de nos textes au ThésauRex sont écrits avec des contraintes d’écriture, alors peut-être qu’avec l’habitude, l’écriture sous contrainte devient plus aisée !
      Avec autant d’histoires dans un cerveau, c’est évident ahah, heureusement pour nous qu’il écrit ! 😉

      Aimé par 1 personne

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