Proxima Centauri

Je me baladais dans les rues de ma ville, à la recherche d’un peu de lumière, car depuis une semaine, la lune remplissait seule le ciel. Derrière un couple qui parlait très fort, j’ai intercepté une conversation, que je propose de retranscrire succinctement. 


— « Et si je me laissais pousser la moustache ?
— Une moustache ? Elle ne cachera pas l’affreuse bouche qui me parle.
— Tu recommences avec cette histoire ? Je ne vais pas m’excuser à chaque fois que j’évoque ma bouche ou ma moustache.
— Ce n’est pas ta bouche ou ta moustache le problème, tu le sais pourtant, mais tu t’obstines à détourner mes propos et mes plaintes. Souviens-toi la semaine dernière, souviens-toi de ce qui est entré dans ta bouche et qui ne devait pas l’être.
— Je me souviens très bien. Ce jour-là, le soleil maltraitait mon pauvre corps ; comme un courroux divin, il refusait de s’éclipser avant d’avoir brûlé mes chairs. Face à lui, que pouvais-je bien faire ? Aurais-je dû le laisser se sustenter de ma personne ?
— Nous avions passé un accord, si l’un de nous se battait contre un soleil, l’autre devait venir s’y opposer. Nous ne pouvons pas, à notre guise, décider de la trajectoire de la lumière, regarde autour de toi, regarde les conséquences de ton geste.
— J’ai vu les conséquences. Mais je ne peux pas y remédier. On naît, on vit, on meurt, c’est la suite logique du cycle vital. D’ailleurs, mon acte était celui de l’élan vital, celui du mouvement qui insuffle la subsistance à l’être. Tu me regardes comme un monstre, je me regarde comme un simple mortel, qui n’avait pas d’autre choix que celui proposé à l’instant de sa réalisation. Comme un simple mortel soumis à ses besoins primaires.
— Ce qui est entré dans ta bouche à cet instant ne relevait pas du besoin primaire, loin de là, mais de la soumission. Et c’est bien contre ça qu’on se bat depuis le début ; toute notre œuvre repose sur le combat contre l’asservissement. Pourquoi sommes-nous venus sur Terre ?
— Car j’ai avalé Proxima du Centaure.
— Et ?
— J’ai tué tous nos semblables, il nous fallait partir de notre planète.
— L’Histoire se répète, inlassablement… »


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