Les paradis décibels

Le saxophone vibre, ses lèvres puissantes donnent plus d’air que l’instrument ne peut en contenir : il explose dans une multitude de sons et d’accords. Elle se tient debout, tapie dans la lumière, aucun rayon ne la rate. Son corps tout entier brille comme un soleil ; elle éclaire bien plus loin que les murs du salon, son rayonnement est planétaire. Le rythme s’accélère, ses mouvements oscillent entre l’est et l’ouest, le nord et le sud, comme une girouette au milieu d’une tornade. 

Je ferme les yeux, mes paupières s’accrochent à sa musique. Même clos, mes yeux suivent ses mouvements, je les ressens dans leurs plus secrets recoins. Elle ne fait qu’un avec son instrument ; je ne fais qu’un avec son talent. Du sommet de mon crâne à mes pieds, les ondes de son cuivre enivrent mes sens. Je suis complètement perdu tout en étant si vivant. Si elle continue, je risque de sortir de mon corps.

Elle continue. Je sens mon corps se déchirer en lui-même. Comment lutter contre ce noble instrument ? La tâche est trop ardue ; je dois abandonner une partie de moi. En extase, mon cortex auditif se détache : je le regarde s’envoler, une partie de ma vue s’y trouve. Est-ce ça l’état de grâce ? Je survole mon corps tout en y étant. Je vois ma peau frissonner tout en la sentant. Extase musicale dont je ne souhaite plus jamais sortir.

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