H.P Lovecraft, Les Montagnes Hallucinées

Pauvre, pauvre lecteur. Si insignifiant, futile. Puérils humains n’ayant aucun semblant de perception de l’immensité de l’univers dans lequel ils pullulent. Fuis ce livre qui n’est destiné à un être aussi misérable que toi, pauvre lecteur. Tes ancêtres ont cru explorer, découvrir, étudier, une planète qu’ils n’ont même pas égratigné ne serait-ce qu’un minuscule fragment de ses secrets. Combien de tours du monde pour quel résultat, Humain ? Des découvertes insignifiantes lorsque, sous votre nez, des artefacts d’un âge incalculable vous font l’honneur de côtoyer le même sol que vos pitoyables êtres.

Si je te déconseille ce livre, c’est pour ton bien. Il pourrait, à l’image des protagonistes de cette histoire, te faire perdre la raison. Tel un tour de magie, te transformer en une masse de terreur tremblotante et apeurée. C’est votre curiosité qui vous tuera, toi et ton espèce. Celle qui peut te pousser à lire ce livre, lecteur. La même qui a mené les protagonistes, réunis en une expédition, à poser les pieds sur le sol de ce continent maudit qu’est l’Antarctique. C’est toujours cette curiosité qui les a amené à gravir ces montagnes…

Gravir les pentes de cette chaîne montagneuse entraîne, à chaque mètre gravi, l’étiolement de votre humanité, cet attribut dont vous vous targuez tant. Les membres de l’expédition l’ont bien compris, eux. La peur rend fou. L’expérience qu’ils en ont fait le prouve. Lire ce livre, c’est comme gravir cette montagne, lecteur. Chaque page sera un supplice pour toi. Elle t’entraînera dans une spirale de terreur. Une spirale infinie qui tourne, tourne et tourne encore autour de l’être à l’intellect atrophié qui ose ouvrir ce livre, et le lire. Cette spirale de terreur, qui ne cessera d’exécuter des tours, itérativement, autour de toi pour t’entraîner dans ta propre déchéance.

Dans ce livre, que tu n’ouvriras pas, car ta lâcheté n’a d’égale que ton insignifiance, tu aurais trouvé la preuve que ton espèce n’est qu’une simple trace. Que ton existence est si pathétique au regard des civilisations qui ont, jadis, fondé de véritables empires sur cette terre. Pas les empires que ton espèce a cru fonder, pauvre ignorant. Ceux des créatures immémoriales que les plus puissants des dirigeants de votre Histoire auraient craint, même du haut de leurs tours d’ivoire, s’ils étaient amenés à les percevoir.

Les montagnes hallucinées. Ce titre résonne comme un coup de canon pour ceux qui ont eu le malheur d’entamer sa lecture. Comme le pauvre Danforth, ton sang ne fera qu’un tour lorsque tu comprendras. Que tu comprendras ce que les tiens ont réveillé en creusant trop profond et comment ils ont condamné ton espèce.

Alors, je te l’ordonne Lecteur, à l’instar du professeur Dyer qui a supplié les membres d’autres expéditions de renoncer à fouler le sol maudit, n’ouvre pas ce livre. Cet ouvrage sera tes Montagnes Hallucinées. Le parcourir précipitera ta perte et menacera l’ensemble de ton entourage. Crois-moi, cette diatribe n’est pas un tour que je te joue, Humain. Te détourner de cette lecture te permettra de jouir encore quelque temps de ta vie si futile jusqu’à ce que les grands anciens te rappellent à eux.

Note : 9 sur 10.

notre race humaine n’est qu’un incident trivial dans l’histoire de la création : l’humanité est peut être une erreur, une excroissance anormale, une maladie du système de la Nature.

H.P Lovecraft

Contraintes : six paragraphes, personnification du lecteur, mot imposé : tour dans chaque paragraphe (pour plus d’explications voir la rubrique « nos contraintes d’écriture »)

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