Les dominés (1)-Préface

Les dominés est un recueil de poèmes que nous avons écrit durant l’année 2018. Il sera progressivement publié sur le ThésauRex, car il est composé d’une soixantaine de textes, tous décrivant un monde de domination, qu’il soit symbolique, culturel ou naturel. Loin de nous l’idée d’être dystopique, seulement un brin mélancolique sur les pourtours qui façonnent nos vies et nos existences.


On voit les morts de l’espace
Se réunir dans les airs
Pour commenter à voix basse
Le passage de la Terre.

Rien ne consent à mourir
De ce qui connut le vivre
Et le plus faible des soupirs
Rêve encore qu’il soupire.

Jules Supervielle, Gravitations, 1925


18 juillet 2018,

Ode des dominés

Ô toi n’ayant pas vu mes divins éclats
Cloîtrés dans l’étang de mon corps sidéral
Et n’a de silence qu’au temps idéal
Quand souffle le vide sur mon cœur plat

Ô toi brisé de tes chaînes éclatantes
Soudées aux stèles de pierres lisses
Depuis des jours tu enchaines les complices
Pour pâlir la vie d’une scène déchirante

Ô toi perdu dans les méandres de l’orage
Haut dans le ciel les anges te présagent
Un épitaphe couvert du bas dortoir
Où songent les Hommes fermés de noir

Ô toi animé par les danses de l’eau
Ton radeau suffoque de ce fardeau
Et souffle l’ouragan qui t’envoie
Aux abysses où le soleil se noie

Ô toi ne connaissant ni les tendres
Ni les cordes, seulement les cendres
De tes morts dont seul le spectre
Des sirène arrive jusqu’à ton être

Ô toi habité par le goût de la Terre
Et ton habit sème aux joues amères
De multiples ruisseaux de peines,
Insipides aux yeux des ruines d’Éden

Ô toi qui a conclu avec Hadès
Un pacte pour la corne d’abondance
Tu abordes de bon dos la rudesse
De courir sur le Fleuve nu de conscience

Ô toi qui épouse les formes cachées
Dans la haine du Styx puis le chagrin
De l’Achéron où les combes sans fins
T’emportent entre les pierres basculées

Ô toi portant l’airain aux Troyens
Tu sais qu’ils redoutent les Grecs
Porteurs de présents: les Achéens
D’un hennissement attaquent du bec

Ô toi ta destinée est en suspens
Dans le cadran doré de Chronos
Quand tu t’animes
En quelques chansons
Vois-tu les mimes
De nos rançons?
Tu as plaidé la clepsydre d’Oropos
Et le Temps décide de ton jugement

Ô toi qui ne comprends les dieux ni les pieux
Tu ne vois que de tes yeux peu envieux
Les murs gondolés des épaves blasphémées
Et sous les colonnades tu respires l’air envenimé
Tu dors comme dorment les chefs de guerre
Ayant reçu de mauvais auspices
Tu te lèves comme se lèvent de terre
Les prédictions des aruspices

Et toi de tes yeux coniques et radieux
Je vois la fraîcheur de ta vie écarlate
Que naissent tes sons quand tu me flattes
Quand le silence n’est plus pernicieux

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